GÉOPOLITIQUE et DROITS DE LA PERSONNE
GLOBAL TRENDS 2025 Aux Etats-Unis, le National Intelligence Council « met à contribution les meilleurs cerveaux d’Amérique et du monde pour tenter d’évaluer, avec le point de vue très surplombant de Sirius, à quels bouleversements géopolitiques majeurs les Etats-Unis (et le reste de la planète, bien sûr) risquent d’être confrontés au cours des décennies à venir » (Claude Monnier, « 24 heures », Lausanne, 25.8.09). En 2009, sous le titre « Global Trends 2025 » (Tendances globales 2025), il a publié une étude dont voici quatre conclusions, telles que les résume Claude Monnier :
1) Le système international né en 1945 est en voie de chamboulement total ; de nouvelles grandes puissances (Brésil, Russie, Inde, Chine) vont prendre le contrôle de la planète, et ce sont elles qui définiront les règles du jeu.
2) Le transfert massif de richesses de l’Ouest vers l’Est va continuer.
3) Une croissance économique sans pareille et un milliard et demi d’habitants supplémentaires sur la terre provoqueront des pénuries majeures d’énergie, d’aliments et d’eau.
4) Les risques de conflits grandiront immensément dans toute l’Asie occidentale.
Pour le texte complet, qui donne des prévisions politiques saisissantes, il vous suffit de taper « Global Trends 2025 » dans Google.
ANALYSER LES GRANDS PROBLÈMES DU MOMENT « DE MANIÈRE FROIDE, SYSTÉMIQUE ET NEUTRE » ? C’est pour cette approche que, dans sa chronique du 20 octobre 2009 dans « 24 heures » (Lausanne), plaide le journaliste Claude Monnier, qui dirigea la revue hélas disparue « Le Temps stratégique » : « Lorsque les sociétés humaines étaient petites – notre village, plus le village voisin, quelques centaines de personnes à tout casser –, la morale était un jeu de règles simples pas toujours appréciées sans doute, mais que chacun comprenait », mais avec l’ouverture du monde « les problèmes humains sont devenus planétaires, immenses, complexes », et pour les régler la morale, « certes toujours utile pour assurer la qualité des relations de proximité », se révèle « aussi inefficace que le serait un fil à couper le beurre pour gérer le lancement d’une fusée sur la Lune ». C’est donc, selon Claude Monnier, de manière « froide, systémique et neutre » que nous devons analyser les grands problèmes du moment, « comme nous le ferions pour résoudre la panne de notre voiture » : crise financière, gestion des conflits du Proche-Orient ou de la zone Afghanistan-Pakistan, régulation des populations migrantes, et dix mille autres… Il ne s’agit pas de renoncer à la morale et aux idéologies (lesquelles sont l’expression politique de jugements moraux), mais « de les tenir en bride chaque fois qu’il s’avère nécessaire d’étudier – sans passion ni jugement de valeur – un problème complexe, ainsi que ses prolongements possibles sur l’ensemble du système social et économique ».
Une fois le problème « disséqué proprement, calmement, et ramené à un choix honnête simple, ‘‘oui ou non’’, nous pourrons ressortir du frigo la morale et les idéologies. Pour le vote final, en somme. »
Mais pas avant, « sinon, exaspérés par la sainte et impérative simplicité de la morale, nous finirons, c’est sûr, par nous entre-tuer jusqu’au dernier ». A méditer, à coup sûr – en évitant des réactions passionnelles injustifiées, car Claude Monnier est un parfait honnête homme, intelligent mais plein de cœur aussi : il n’a rien d’un computer ni d’un monstre froid !
LE CHOC DES CIVILISATIONS A propos de la Conférence mondiale contre le racisme de l’ONU, en avril 2009 à Genève, conférence appelée « Durban II » vu que la première conférence portant ce nom avait eu lieu à Durban (Afrique du Sud) en 2001, après deux autres conférences contre le racisme à Genève en 1978 et en 1983, Michel Danthe, rédacteur en chef du « Matin Dimanche » (Lausanne), évoque dans son éditorial du 19 avril 2009 « le choc des civilisations », thème cher au politologue américain Samuel Huntington, auteur, sous le titre « Le Clash of Civilizations and the Remaking of World Order », d’un article paru en 1993 dans la revue « Foreign Affaires », puis d’un livre publié en 1996, puis en traduction française aux Editions Odile Jacob en 1997 sous le titre « Le choc des civilisations ». Les observateurs de Durban II, conférence présidée par la Libye de Kadhafi, « verront à l’œuvre ce que signifie ce choc des civilisations : un choc entre des systèmes de valeurs où le sens des mots n’est pas le même. Pour nombre de pays participants, les modèles à suivre pour la défense des droits humains seront la Libye, l’Iran ou Cuba… Les autres pays, minoritaires au jeu des votes, ne partageront pas cet avis. Le clash de Huntington est inévitable. Il sera salutaire », estime Michel Danthe.
AFGHANISTAN : une nouvelle géopolitique Selon Frédéric Bobin, correspondant du « Monde » en Asie du Sud, l’hégémonie des Etats-Unis en Afghanistan est en train de s’éroder au profit de trois puissances régionales : la Russie, l’Iran et la Chine. Huit ans après la chute du régime taliban (fin 2001) et la mise en route d’une difficile « reconstruction », l’incertitude sur l’avenir du pays « est plus grande que jamais », écrit-il le 3.9.09 dans « Le Temps » (Genève). L’hégémonie des Etats-Unis en Afghanistan « a vécu », ayant au fil des ans offensé un nationalisme afghan ombrageux. Le président Hamid Karzaï, censé être « l’homme des Américains », a amorcé dès 2008 un tournant nationaliste, « cherchant à opposer des contrepoids à l’influence de Washington et, au-delà, à celle de Londres dont les ingérences plus subtiles – passé colonial oblige – ont aussi fini par indisposer.Trois puissances régionales ont profité de l’espace ainsi ouvert : la Russie, l’Iran et la Chine » : la géopolitique afghane s’est « multipolarisée ».
--- La Russie, contrairement aux Etats-Unis, est un Etat d’Asie centrale « aux ambitions régionales jugées légitimes », et après l’invasion militaire (1979-1989) qui s’est soldée par un désastre, elle juge plus efficace le profil bas. « Aujourd’hui M. Karzaï veut acheter du matériel militaire russe. Et les Américains eux-mêmes (…) quémandent auprès de MM. Poutine et Medvedev l’autorisation de faire transiter l’approvisionnement de l’OTAN par la frontière nord de l’Afghanistan, arrière-cour de la Russie. »
--- L’Iran, après une très longue éclipse, « reprend aujourd’hui ses marques sur e théâtre afghan, exploitant – comme lors de sa récente percée en Irak – la carte de la communauté chiite (minoritaire) ». But évident : « miner une présence américaine jugée menaçante ». Naguère l’Iran se dressait contre les talibans, sunnites ultraorthodoxes persécutant les chiites, mais « son jeu est devenu plus fin » : entre le danger sunnite taliban et le péril américain, « la priorité est d’endiguer le second ».
--- La Chine ? « Son ambition de se glisser dans le concert afghan s’inscrit dans sa politique générale à l’égard de l’Asie centrale. Deux impératifs l’animent : contrôler les foyers islamistes susceptibles de déstabiliser sa région occidentale du Xinjiang, peuplée d’Ouïgours musulmans, et s’approvisionner en matières premières. » Son offensive de charme auprès de Kaboul vient de lui permettre « une percée majeure en Afghanistan » : le droit d’exploiter la mine d’Aynak, considérée comme la deuxième réserve de cuivre du monde.
--- Le Pakistan, « très lié aux talibans combattant en Afghanistan » quoi qu’il prétende officiellement, a toujours cherché à installer à Islamabad un régime allié « afin de desserrer la pression de l’Inde rivale ». Vu que l’influence de l’Inde en Afghanistan s’est accrue depuis 2001, le Pakistan se sert des talibans comme d’ « actifs stratégiques » pour évincer les réseaux indiens : « Cette proximité rend inévitable le recours aux services secrets d’Islamabad quand sonnera l’heure des négociations » – le dialogue avec l’insurrection ou du moins avec certaines de ses factions est en effet probable.
--- L’Arabie saoudite « cumule les atouts » : elle est à la fois proche des Pakistanais, soutien historique de l’ancien régime taliban et haut lieu de l’islam. Elle s’imposera comme médiateur –nécessaire, car « le nationalisme afghan est très hostile au Pakistan, accusé d’ingérence permanente ». En 2008 ont été noués des contacts à La Mecque, et « ils sont appelés à se renouveler ».
Plus que jamais, la géopolitique afghane se complexifie, conclut Frédéric Bobin.
TOUJOURS EN RETARD D’UNE GUERRE !
--- Quand la France se croyait en sécurité derrière la « ligne Maginot », elle était en retard d’une guerre, et l’attaque fulgurante de la puissance allemande nazie en fit la terrifiante démonstration.
--- Dans la course aux armements de la « guerre froide », en revanche, Etats-Unis et Union soviétique s’efforçaient d’avoir la suprématie technique et, en cas de conflit ou même sans guerre déclarée, la maîtrise du ciel. Les Russes avaient une longueur d’avance (premier spoutnik en 1957, d’où vent de panique à Wall Street, Gagarine premier homme dans l’espace en 1961…), et les Américains firent tout pour combler leur retard et dépasser les Soviétiques – mais des spécialistes de la stratégie pointèrent du doigt un risque dont, Dieu merci, on ne put mesurer la gravité puisqu’elle ne se fût révélée qu’en cas de guerre : la technologie des Etats-Unis était bien plus avancée que celle des Soviétiques, bien plus fine, plus miniaturisée, mais cela aurait pu, si la radioactivité augmentait brusquement à cause de l’explosion de bombes nucléaires, se retourner contre eux, car les ordinateurs de bord miniaturisés et à la pointe de la technologie dont disposaient les avions américains auraient été beaucoup plus vulnérables à cette radioactivité élevée et se seraient probablement détraqués. Le retard des Russes, lors de la guerre froide, aurait pu s’avérer un avantage dans les combats aériens et autres.
--- C’est également l’informatique qui risque de réserver à « l’Occident » de grosses surprises et de se retourner contre lui, en cas de guerre ou même sans conflit armé. Ose-t-on imaginer la panique des stratèges et logisticiens si une escouade de « pirates » bien organisés, que dis-je, une compagnie, voire un bataillon de pirates désorganisaient « l’ennemi » par une invasion massive de son système informatique ? Protégée par sa monnaie (valeur refuge pour d’honnêtes gens mais aussi pour des mafias) mieux que par ses tanks, malgré les assauts contre son fameux secret bancaire, la Suisse, sous la coupe des partis bourgeois, envisage d’acheter à grands frais, et au risque de susciter la colère du peuple (mais ce qui compte, ce sont les copieux et discrets pots de vin, peut-être), de nouveaux avions de combat : mais que pourra faire son armée, que pourra faire son administration contre des pirates informatiques de haut niveau s’ils décident de tout désorganiser ?
Et précisément, la Chine, assurent des milieux bien informés, forme des escouades, voire des bataillons de pirates informatiques. Ce qui est peut-être la meilleure sauvegarde de « l’Occident », c’est que les dirigeants chinois sont bien trop fins pour ruiner leurs principaux clients !
--- Autre surprise possible : les sursauts éthiques de celles et de ceux qui sont au courant de choses inavouables :
p.ex. des opérations prétendument « humanitaires », mais qui en réalité ont un tout autre but – je pense ici notamment à « Turquoise », opération lancée par Mitterrand et Juppé en juin 1994 pour voler, trop tard, au secours du Hutu Power qui continuait à perpétrer son génocide contre les Tutsi du Rwanda : « Turquoise », en évacuant finalement chez Mobutu ces tueurs, aura contribué à plonger pour des années le Zaïre/République Démocratique du Congo dans d’effroyables souffrances (voir POUR COMPRENDRE LA TRAGÉDIE DU RWANDA), ou la face cachée des circuits financiers (voir le chapitre « Le devoir d’informer » du livre SOLIDAIRES !). Ainsi, la finance internationale (multinationales, mafias, grosses fortunes) tremble depuis qu’au péril de sa vie un cadre informatique de la banque HSBC (Holdings PLC Hong Kong & Shangai Banking Corporation), Hervé Falciani, a fourni au fisc français une liste de comptes : non par appât du gain semble-t-il (il affirme n’avoir reçu aucune somme), mais par dégoût et indignation devant les astucieux montages financiers qui ont pour but essentiel d’échapper aux impôts. Il y a certes pour les employés des banques des engagements de confidentialité, à respecter en principe, mais restent-ils valables devant des fraudes évidentes, surtout si l’on tient compte du fait qu’une part importante des sommes gigantesques cachées dans les banques, en Suisse mais aussi ailleurs dans des paradis fiscaux bien pires, provient du crime organisé : trafic d’armes, d’organes, d’êtres humains y compris des enfants ? CB